Image tirée d'une vidéo diffusée par Iran Press, le 12 janvier 2026, montrant des manifestants progouvernementaux rassemblés sur la place Enghelab (Révolution) dans le centre de Téhéran pour manifester leur soutien au régime iranien ( IRAN PRESS / - )
"Patriotes iraniens, continuez à manifester": Donald Trump a encouragé mardi les manifestants en Iran à poursuivre leur mouvement et à renverser leurs institutions, promettant que "l'aide" arrivait.
Le président américain a menacé plusieurs fois d'intervenir militairement depuis le début le 28 décembre du mouvement, l'un des plus vastes depuis la proclamation de la République islamique en 1979.
La répression a fait au moins 600 morts, selon une ONG qui craint un bilan réel plus élevé. De nouvelles vidéos, authentifiées par l'AFP, sont apparues sur les réseaux sociaux d'une scène qui avait déjà émergé, montrant des dizaines de corps alignés dans une mosquée au sud de la capitale iranienne.
Les condamnations internationales ont afflué mardi: la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dénoncé le bilan "effroyable" de morts, et l'ONU s'est dit "horrifié" par la "répression".
Paris, Berlin, Londres et d'autres capitales européennes ont convoqué les ambassadeurs iraniens pour dénoncer la "répression la plus brutale et la plus sanglante contre des manifestations" depuis des années, des mots de la cheffe de la diplomatie britannique Yvette Cooper.
"CONTINUEZ A MANIFESTER - PRENEZ LE CONTROLE DE VOS INSTITUTIONS!!!", a écrit le président américain sur son réseau Truth social, disant avoir "annulé toutes les réunions avec des responsables iraniens tant que les meurtres insensés de manifestants ne s'arrêtaient pas".
La veille, La Maison Blanche avait affirmé que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait "la première option".
Et Donald Trump avait annoncé des sanctions douanières contre les partenaires commerciaux de l'Iran - des droits de douane de 25%, prenant effet "immédiatement".
- "Tueries à grande échelle" -
Niveau de connectivité en Iran depuis le 5 janvier 2026, selon NetBlocks ( AFP / Sylvie HUSSON )
L'Iran reste privé d'internet pour le sixième jour consécutif. Des défenseurs des droits humains accusent Téhéran de chercher ainsi à masquer la répression qui a fait 648 morts au total, selon l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, évoquant aussi 10.000 arrestations.
Cette organisation a également cité des informations non confirmées allant jusqu'à 6.000 morts.
Des rapports crédibles font état "de tueries à grande échelle menées par les forces de sécurité à travers le pays", affirme également l'ONG Human Rights Watch.
"La violence augmente, les arrestations aussi. Les oppresseurs tirent au hasard", relate Kian Tahsildari à Istanbul, reprenant le témoignage de ses amis à Mashad (nord-est de l'Iran).
Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran.
Image tirée d'une vidéo diffusée par Iran Press, montrant des manifestants pro-gouvernement brandissant un mannequin à l'effigie du président américain Donald Trump, le 12 janvier 2026 à Téhéran ( IRAN PRESS / - )
Dans la capitale, les forces de sécurité étaient moins visibles aux principaux carrefours de la ville qu'en fin de semaine dernière, au plus fort des manifestations.
Les journaux faisaient leur Une sur les rassemblements massifs de la veille organisés à l'appel du pouvoir, le quotidien ultraconservateur Kayhan titrant sur "l'humiliation historique" infligée selon lui à l'Amérique et d'Israël.
Les médias d'Etat diffusent en boucle des images des dégâts et rendent hommage aux dizaines de membres des forces de sécurité" victimes du "terrorisme" ourdi, selon le pouvoir, par Israël et les Etats-Unis.
- "Opérations terroristes" -
Depuis le début du mouvement, initialement lié au coût de la vie, le pouvoir dit comprendre les revendications portant sur des questions économiques mais accuse des "émeutiers" pilotés par l'étranger d'être à l'origine des violences.
Mardi, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a affirmé sur Al Jazeera que la décision de couper l'internet avait été prise en raison "d'opérations terroristes" dont "les ordres venaient de l'étranger".
"Nous sommes préparés pour toute éventualité et nous espérons que Washington fera un choix guidé par la sagesse. Peu importe quelle option ils choisiront, nous y sommes prêts", a-t-il ajouté.
Agé de 86 ans, l'ayatollah Khamenei a déjà été confronté à d'importants défis, notamment durant la guerre de 12 jours avec Israël en juin 2025, déclenchée par une attaque massive contre les installations militaires et nucléaires iraniennes.
Mais ces manifestations "représentent sans doute le défi le plus sérieux" pour le guide suprême "depuis des années, tant par leur ampleur que par leurs revendications politiques de plus en plus explicites", relève Nicole Grajewski, professeure au Centre de recherches internationales de Sciences Po.
Des analystes jugent cependant prématuré de prédire dans l'immédiat la chute du pouvoir théocratique iranien, soulignant que la République islamique dispose de solides leviers répressifs, à commencer par le corps des Gardiens de la Révolution, où aucune division n'est apparue pour le moment.
Le peuple, "sans défense", a besoin de la communauté internationale, a lancé mardi le réalisateur iranien Jafar Panahi, Palme d'or du festival de Cannes.

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